Pour un service public bancaire démocratique

juillet 25, 2015  |  Posted by Grégoire PSG
Public banking campaign

Le «Socialist Network» basé à Londres, rassemblant des hommes et des femmes de gauche, a lancé une campagne internationale visant à réfléchir à un nouveau modèle de système financier international. L’objectif est de remplacer l’actuel système qui a produit une série de crises toujours plus dévastatrices, renforçant gravement les inégalités sociales au bénéfice d’une minorité de privilégiés, favorisant la gangrène que représente la corruption généralisée.
Un appel a été rédigé (voir sa traduction en français ci-après) qui détail les objectifs de la campagne, la méthode de travail proposée ainsi que les principes devant guider la réflexion pour la construction d’un système bancaire international viable, efficace, transparent, au service des usagers et respectant les lois. L’idée est de promouvoir, à terme, la mise en place d’un service public bancaire démocratique.
Les socialistes de gauche soutiennent évidemment cette initiative et participeront aux travaux qui vont commencer dans les mois à venir. Tous les citoyens peuvent soutenir cette campagne en signant l’appel sur le site de la campagne : http://democraticpublicbanking.org/

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POUR UN SERVICE PUBLIC BANCAIRE DÉMOCRATIQUE

https://www.facebook.com/democratic.public.banking.service

APPEL POUR UNE CAMPAGNE
L’effondrement du système financier a eu un rôle absolument central dans l’apparition de la Grande Récession économique qui a débuté en 2008. Au cours des trente dernières années, le secteur financier – banques, fonds d’investissement, fonds de pension, compagnies d’assurance, les marchés monétaires, les bourses, etc… – s’est considérablement développé à l’échelle nationale et internationale. Dans un processus appelé de «financiarisation», l’industrie de la Finance, dans la plupart des pays les plus riches, représente aujourd’hui près de la moitié de l’économie. Pour atteindre ce stade, il a bénéficié de la déréglementation du contrôle des capitaux et de l’investissement, de la création de nouveaux instruments monétaires, et du développement des transactions instantanées et automatisées par ordinateur. Le résultat a été que des quantités inimaginables d’argent sont continuellement déversées reliant entre eux les investissements, les devises et les pays dans une recherche destructrice du profit à court terme. Pire encore, il a produit une expansion sans précédent de la dette qui dépasse de loin l’économie réelle du monde.

Tout cela a gravement réduit le pouvoir des Parlements nationaux et de la nécessaire maitrise démocratique du système monétaire. Dans la plupart des pays, au lieu que les gouvernements contrôlent les banques, ce sont les banques (et les marchés monétaires qu’elles dominent) qui contrôlent les gouvernements. Nous vivons désormais dans un monde financier hautement instable, ingérable et hors de contrôle.
Une conséquence de ces évolutions a été le détournement massif de fonds du secteur manufacturier et de l’économie réelle, vers la spéculation à grande échelle. Une partie de ce processus a conduit les banques et les institutions financières mondialisées à être les vecteurs d’une corruption massive, de l’évasion fiscale systématique par les riches entre autres formes de délinquance financière. Tant de violation des lois ne devrait plus nous surprendre suite aux révélations régulières de scandales bancaires majeurs impliquant : les produits dérivés et swaps de crédits à risques frauduleux qui ont provoqué l’effondrement de Wall Street en premier lieu; les apports massifs en capitaux accordés à des taux préférentiels pour sauver les banques majeures ; la accords illégaux de fixation des conditions d’opérations de change; le scandale du LIBOR qui a vu l’application de taux d’intérêt hypothécaire surévalués ; la pratique du blanchiment d’argent au profit des cartels de la drogue et les trafiquants d’armes. La liste est longue. Pas étonnant que les banquiers sont couramment appelés «banksters» ou «escrocs en cols blancs ». Mais contrairement à nous, simples mortels, ces «seigneurs de l’univers » avance en toute liberté. Alors que, à plusieurs reprises, les banques ont été condamnées à des milliards de dollars amendes pour ces fraudes, les dirigeants de ces banques n’ont jamais été inquiétés, amenés à comparaître devant une cour ou aller en prison pour leurs méfaits spectaculaires. Pas étonnant que l’expression «trop gros pour la prison » accompagne l’expression « trop grande pour être mise en faillite ».

En vérité, si le rôle des banques et autres institutions financières pour assurer le fonctionnement et la stabilité de l’économie est central au point qu’elles sont «too big to fail» – c’est-à-dire que leur faillite entrainerait un effondrement général de l’économie – alors il est évident qu’un tel rôle ne saurait rester plus longtemps entre les mains de personnes privées. Une infime minorité de personnes corrompues et irresponsables qui dominent le secteur financier dans une pure logique de cupidité à court terme. Il faut que le secteur financier devienne propriété publique et soit placé sous un contrôle démocratique, entrainant la transformation des banques privées et des autres institutions financières en un service public bancaire au service des intérêts de 99% de la population qui, aujourd’hui est exploitée et méprisée. Un tel service public bancaire démocratique pourrait assurer la stabilité économique et la croissance, avec un développement harmonieux et efficace de l’investissement et de l’ensemble de l’économie. De plus, il pourrait fournir des avantages importants tant pour les clients que pour les personnels. Un service public bancaire démocratique et transparent permettrait de mettre fin aux fraudes, à la corruption et à l’évasion fiscale qui ruinent les finances publiques et la vie politique.

C’est dans cet esprit qu’il a été décidé de lancer une vaste campagne internationale intitulée «Pour un Service Public Bancaire démocratique». Une campagne qui puisse élaborer des plans crédibles en vue de la transformation du secteur financier tant au plan national qu’international. Et apporter un soutien à de tels plans dans le débat politique de chaque pays.
Nous lançons un appel à tous ceux qui sont convaincus de la nécessité de réorganiser radicalement le secteur financier, dans l’intérêt du plus grand nombre plutôt que de quelques-uns, pour qu’ils soutiennent cette campagne

POURQUOI MENER UNE CAMPAGNE
La Grande Récession de 2008-9 a détruit des milliards de dollars de la richesse mondiale et a généré des dizaines de millions de chômeurs. Elle a provoqué pour un grand nombre de gens la perte de leur maison et activité, un mouvement qui continue de causer de grandes difficultés dans tous les pays.
L’élément déclenchant de cette catastrophe a été l’échec des systèmes bancaires américains et européens dans une échelle sans précédent. Comme l’admettait en off un dirigeant de la Banque d’Angleterre : « cette crise bancaire a été aussi destructrice pour l’économie qu’une guerre mondiale » !
Avant 2008, le grand public considérait le secteur bancaire comme une force conservatrice et prudente dans l’économie, garantissant la sécurité et la stabilité. Mais la crise a révélé une industrie de la Finance mue par l’avidité engagée dans une spéculation illégale et à haut risque dans une proportion jamais vue auparavant. Utilisant comme base les revenus, l’épargne et les gages hypothécaires des gens ordinaires, les banques ont transformé l’économie mondiale en un vaste casino jusqu’à ce qu’elle s’écroule aux frais des États et des citoyens.
Comme si cela ne suffisait pas, les énormes dettes spéculatives des banquiers et de leurs riches clients ont été renflouées avec l’argent public. Sous le slogan de «réduction de la dette publique » le plan de sauvetage a été utilisé comme argument pour réduire avec brutalité le niveau de vie ainsi que les systèmes de protection sociale de la population, aux dépens des plus pauvres – précisément ceux qui n’avaient rien à voir avec la crise, ni profité de la fraude et du jeu qui l’a causé.
Face à la crise, les politiciens ont promis des réformes fondamentales au système bancaire. Mais tout ce que nous avons vu au cours des six dernières années n’ont été que des modifications mineures qui ont laissé le pouvoir des banquiers intact, et donc créé la possibilité qu’advienne une autre grande crise financière.

PROPOSITIONS POUR UN SERVICE PUBLIC BANCAIRE
La Grande Récession de 2008-9 a mis en évidence le rôle clé des banques dans l’économie nationale et internationale qui les a placées au centre du débat public. Le risque d’un effondrement du système bancaire entrainant le reste de l’économie a été posé par la crise, obligeant à reconnaitre que les banques posent «un risque systémique» à l’ensemble de la société, ou, selon le jargon en vigueur, qu’elles sont « too big to fail ». Compte-tenu de ce constat, il y a largement matière à définir un plan de transfert du secteur bancaire à la propriété publique afin de garantir la stabilité de l’économie.
Qui plus est, il y a autant, voire plus de raisons encore plus importantes pour passer les banques privées et le reste du secteur financier dans le cadre d’un service public bancaire démocratique. Entre autres argument, choses, un tel service pourrait :
 mettre un terme à l’expulsion de gens de leur domicile et de leur activité, et les aider à reconstruire leur vie.
 devenir un générateur essentiel pour une croissance durable, urgente à décider, dans le cadre d’un plan démocratique de développement économique
 mettre en place un système transparent et responsable permettant de lutter contre la corruption massive, le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale qui mine l’économie, les finances publiques et le système politique
 Mettre fin aux fraudes bancaires – la vente abusive de produits financiers, les ententes illicites pour manipuler les taux des marchés financiers et monétaires aux dépens des clients – avec la suppression des énormes bonus, commissions et autres incitations qui encouragent cette culture de la fraude.
 Offrir des services beaucoup moins chers pour les clients, des taux d’intérêt sur les prêts moins élevés et des frais de carte de crédit réduite (y compris les cartes publique de crédit bon marché), ainsi qu’une assistance spécifique pour les particuliers et les petites entreprises pour les aider à gérer leurs finances, à mettre en œuvre leurs plans de développement et d’innovation.
 Mettre en place un système de régulation approprié en introduisant la démocratie et la transparence au cœur du système bancaire et de son cadre réglementaire, répondant ainsi à la question «qui contrôle les contrôleurs» ?

COMMENT METTRE EN PLACE UN TEL SERVICE PUBLIC ?
L’idée de créer un service public bancaire démocratique soulève un nombre important de questions. Parmi elles :
 Comment un secteur bancaire public peut-il être intégrer dans un plan de développement démocratique ?
 Quelle place pour les banques coopératives et mutualistes, coopératives de crédits et d’assurance, fonds de pensions, dans une activité de la Finance ainsi transformée ?
 Quelle gouvernance imaginer pour un service public bancaire transparent et responsable envers ses parties prenantes – le personnel de la banque, les clients de la banque (individuels et petites / moyennes entreprises), des assurés et retraités, les collectivités locales, les intérêts privés, et la population dans son ensemble? Ce faisant, comment mettre en œuvre le principe démocratique selon lequel «si vous êtes concerné par une décision, vous devez avoir la possibilité de participer à son élaboration » ?
 Quels avantages obtiendrait-on en mettant fin aux profits colossaux, aux gâchis et aux opérations inutiles qui caractérisent le secteur bancaire et financier privé actuel ?
 Que pourrions-nous faire avec les sommes énormes actuellement perdus du fait de la fraude, des salaires élevés, des primes et commissions; les coûteux sièges de la rue de la Finance empruntés par des milliers de personnes indistinctes ; ou encore des énormes dépenses de marketing gaspillées dans la promotion de services pratiquement identiques?
 Comment les dizaines de milliers d’employés de l’industrie financière, au niveau local et national, qui seraient libérés dans un secteur bancaire plus efficace et rationnel, pourraient être mieux employées à proposer des services tels que des conseils avisés et des aides financières aux titulaires de comptes de particuliers et petites entreprises ?
 Quels avantages pourraient être proposés aux simples clients, épargnants, emprunteurs, assurés et retraités, comme par exemple par des coûts réduits ou de meilleurs taux d’intérêt ? Pour les petites et moyennes entreprises par des prêts moins chers, avec frais réduits, une véritable assistance, etc ? Pour les détenteurs de cartes de crédit par une réduction des taux d’intérêt et l’offre de cartes de crédit publiques à bas prix ; et pour les gestionnaires de cartes avec des coûts de transaction minimisés ?
 Comment le secteur financier pourrait contribuer à un service d’innovation général – aidant et encourageant l’innovation par la recherche, le développement et la production ?
 Comment placer la création privée de monnaie et de dette sous contrôle public ? Comment relever le défi de l’innovation financière, de l’activité bancaire de l’ombre, etc…, et intégrer les monnaies virtuelles et le crédit numérique de sorte que leurs avantages soient effectifs ?
 Comment étendre les principes d’un service public bancaire démocratique au niveau international?
 Comment amener toutes les parties prenantes à discuter et développer des propositions détaillées et ainsi d’identifier les principaux acteurs de la gouvernance d’un futur secteur bancaire public démocratique ?
 Quelles étapes doivent être respectées pour gagner le soutien du public en vue d’un service public bancaire démocratique et de sa réalisation ?

LES PREMIERES ETAPES DE LA CAMPAGNE
A l’évidence, la réalisation d’un service public bancaire démocratique national ou international prendra du temps et demandera des efforts considérables. Mais commençons avec beaucoup de soutien de notre côté. La question est de s’ouvrir, d’écouter et d’inciter à la participation des personnes et de leurs organisations. À cette fin, nous envisageons que la campagne se déroule en cinq phases principales:
Phase 1: Une période de lancement à compter de Mars 2015 au cours de laquelle est recherché le soutien d’un ensemble d’organisations progressistes ainsi que du public – au moyen de réunions et de communication en ligne (par courrier électronique et les médias sociaux tels que Facebook)
Phase 2: Une conférence à Bruxelles à la fin de Septembre 2015, réunissant les syndicats du personnel bancaire, des économistes radicaux, consommateurs progressistes et des organisations de petites entreprises, des mouvements politiques, groupes de pression et autres.
Phase 3: Une période de consultations via des conférences et des réunions nationales et locales, ainsi que l’utilisation des médias en ligne et des forums de discussion spécialisés pour identifier et évaluer des idées pour un service public bancaire démocratique.
Phase 4: Une grande conférence de prise de décision à Bruxelles à l’automne 2016 pour se mettre d’accord sur les grands principes qui assureraient qu’un service public bancaire démocratique pourrait fonctionner.
Phase 5: des campagne nationales et internationales pour obtenir un soutien de masse parmi la population, des engagements des collectifs et organisations politiques sur les principes portés par la campagne, et constater publiquement qu’un service public bancaire démocratique est la principale politique permettant de remplacer le système financier privé en ruine.

S’ENGAGER DANS LA DUREE
La crise 2008-9 a été «une tempête absolue» pour le capitalisme. La crise a éclaté dans les centres financiers d’Amérique et la Grande-Bretagne – le summum de la richesse et de la puissance du système – et a menacé de faire tomber le château de cartes. Il était évident que les gens qui travaillent ne sont pas à blâmer pour cette crise. Qu’il avait surgi de la mise en œuvre sans relâche du dogme néolibéral de «laisser le marché à ses propres lois ». Cependant, en réponse à la crise, tous les principes du libre marché ont disparu lorsque les banques ont appelé les États au secours en vue d’obtenir des fonds publics. Dans ce qui était “socialisme pour les riches” l’industrie de la finance a su utiliser son contrôle du système politique pour piller le trésor public, transférer ses dettes sur le compte des citoyens.
Ce discrédit de l’établissement financier aurait dû être une grande opportunité pour une refonte radicale du secteur financier, le plaçant sous contrôle public démocratique et l’orientant vers la construction d’un meilleur avenir économique pour la société. Mais malheureusement, nous n’avions pas produit et popularisé d’alternative au système corrompu, irrationnel et destructeur à ce point que nous sommes toujours sous son emprise.
Depuis la crise de 2008, le poids politique de l’industrie financière avec son armée de lobbyistes et porte-voix a empêché tout changement significatif au système financier. Tout juste quelques retouches à la marge. En effet, la crise économique mondiale des sept dernières années et l’utilisation scandaleuse de l’argent public pour renflouer ces banksters ont conduit à une plus grande concentration de la propriété dans le secteur bancaire, avec moins de banques mais de plus grandes que jamais. Ainsi, dans une crise future, on estime désormais que les grandes banques et les sociétés financières ne sont pas seulement «too big to fail», mais «trop grandes pour être renflouées» – tellement l’ampleur de leurs opérations entrainerait les organismes gouvernementaux nationaux et internationaux qui voudraient les sauver dans la faillite.
Le plus incroyable, c’est que au-delà du secteur financier de plus en plus prudent, la dette mondiale est maintenant à un niveau beaucoup plus grand qu’il ne l’était avant la crise – il a augmenté de 57 autres billions de dollars pour atteindre le total astronomique de $ 199 000 milliards, ce qui est 2,5 fois la valeur de l’ensemble de l’économie mondiale !
Pendant ce temps, l’achat et la vente d’instruments financiers douteux a repris son cours frénétique. Devise spéculations vont bon train. Banquiers bonus sont plus énormes que jamais. Les Bourses et sociétés de gestion sont de nouveau en pleine activité. En d’autres termes, tout est préparé pour une autre crise avec toute la misère que cela entraînerait pour les travailleurs. Mais cette fois, nous devons être prêts à l’affronter avec un système alternatif crédible, élaboré et largement connu par la population.
En outre, il y a tout un ensemble de pays comme la Grèce, Chypre, l’Irlande et l’Espagne – pour ne citer qu’eux – où le besoin de la mise en œuvre d’un service public bancaire démocratique est quotidiennement posé par la crise continue.
En travaillant sur ce projet, nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses. Pas du tout. Dans cette campagne, nous avons tous beaucoup à partager et à apprendre ensemble. Ce faisant, nous devons être ouverts d’esprit et avec la volonté d’écouter l’autre. Et puis d’adopter des politiques audacieuses et radicales lorsque celles-ci sont clairement de l’intérêt de la grande majorité.
Si vous pensez qu’il vaut mieux un système financier qui serve 99% de la population plutôt que seulement 1%, alors nous vous demandons de soutenir cette campagne «Pour un service public bancaire démocratique».
Votre soutien sera le bienvenu.

Campagne initiée par : The Socialist Network est un réseau international de militants au sein des grands partis de Gauche, qui souhaitent développer des politiques socialistes démocratiques et pratiques et aider la Gauche à les réaliser.

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