CONTRIBUTIONS – RETRAITES

août 28, 2013  |  Posted by admin
...de l'humour triste...
...pour faire face à la régression...

La réforme Hollande/PS des retraites est de la même veine que celles de la Droite : la privatisation est en marche.Le mois d’août est le temps privilégié pour mener des réformes revenant sur les droits sociaux fondamentaux des Français. La Droite l’avait bien compris depuis longtemps. La Gauche – en tout cas le PS qui se réclame sans pudeur de cette identité – a bien compris lui aussi le filon. Ainsi, le gouvernement de JM Ayrault a accéléré le calendrier : quelques consultations des partenaires sociaux le lundi 27 août et décisions annoncées… le mardi 28 août. On peut dire que ça, c’est de la concertation, non ? Même la réforme Sarkozy avait été précédée de bien plus de temps de discussion même si le résultat fût aussi catastrophique pour les droits des retraités. La mauvaise foi des dirigeants PS est absolument confondante.
Quel est le contenu de cette réforme annoncée comme la «der des ders», celle qui va sauver – jusqu’en 2040, nous assure-t-on – le système des retraites de notre pays ? Outre le replâtrage financier de court terme permettant d’équilibrer les comptes du régime général de l’assurance vieillesse (par une augmentation des cotisations salariales et patronales), la décision fondamentale est évidemment l’augmentation de la durée de cotisation qui passera à 43 ans à terme, condition pour bénéficier d’une pension de retraite à taux plein. Rappelons juste que le PS avait fait campagne en 2010 sur un projet de réforme qui exigeait le maintien de l’âge légal de départ à la retraite pour tous à 60 ans et excluait l’allongement de la durée de cotisation, avec réexamen de la situation en 2025 s’il y avait des contraintes nouvelles (voir : http://www.parti-socialiste.fr/static/3917/tabloid-retraites.pdf). Naturellement, aucun de ces engagements n’a été respecté. Comme c’est devenu la règle sous la gouvernance Hollande/PS actuelle. C’est même le contraire qui a été fait avec cette nouvelle réforme qui se situe indiscutablement dans la philosophie des réformes précédentes réalisées par la Droite.
Rappelons les étapes du démantèlement en cours :

  • en 1994, Edouard Balladur, en plein été, avait décidé que les pensions des salariés du secteur privé seraient désormais calculées sur les 25 meilleures années et non plus sur 10 années : le montant des pensions s’en est prodigieusement ressenti… à la baisse bien sûr !
  • en 2003, François Fillon, alors ministre des affaires sociales, rallonge la durée de cotisation à 40 ans pour tous les salariés : soit un vaste recul social, face auquel le PS de François Hollande, alors 1er secrétaire, était vent debout, ce dernier affirmant que si la gauche revenait au pouvoir (en 2007) elle ne manquerait de revenir sur cette décision inique !
  • en 2010, Nicolas Sarkozy reporte l’âge légal de liquidation du droit à la retraite, celui-ci passant de 60 à 62 ans ; s’y ajoute un allongement progressif de la durée de cotisation qui passe de 40 ans à 41,5 ans : nouveau recul massif du pacte social français. JM Ayrault, alors président du groupe des députés PS, avait pris l’engagement solennel d’annuler cette régression sociale si la gauche gagnait en 2012 !
  • en 2013, François Hollande décide donc à son tour de rallonger la durée de cotisation qui passera progressivement de 41,5 ans à 43 ans, confortant allégrement les réformes précédentes de la Droite !

Toujours donc la même logique, partagée par les élites UMP et PS, toutes liées aux milieux d’affaires internationaux : démanteler, progressivement mais sûrement, le modèle de solidarité nationale inventé dans notre pays au lendemain de la 2nde Guerre mondiale. Car si le système de retraite est visé aujourd’hui, celui de l’assurance maladie l’est tout autant, de façon bien plus sournoise, mais avec une efficacité redoutable (voir l’appel de personnalités s’inquiétant de la privatisation rampante de l’assurance maladie dans le quotidien Le Parisien : http://www.leparisien.fr/espace-premium/de-gauche-comme-de-droite-ils-appellent-a-un-vaste-debat-public-25-08-2013-3077515.php).
Et de nous seriner que «le système français de solidarité coûte trop cher parce qu’il est trop généreux», «vous comprenez : le monde bouge et nous sommes engoncés dans nos vieux systèmes d’assistanat», «nous vivons au dessus de nos moyens depuis trop longtemps»,… Le peuple salarié est culpabilisé, accusé de fait de profiter sans gêne d’une pauvre France qui serait exsangue du fait de «jouisseurs ingrats» pas assez citoyens pour comprendre «qu’il faut revenir aux réalités» et «faire des sacrifices» ! «Culpabilisez-les : vous en ferez ce que vous voudrez !», lançait Lénine à ses cadres de propagande, lui qui en savait beaucoup sur la manipulation des masses. C’est la même technique qui est utilisée, avec l’argument massue qui achève moralement toute une génération qui n’a pas le sentiment d’avoir été choyée : «ce sont les jeunes générations qui paient pour vous et vous allez leur laisser un champ de ruine du fait de votre égoïsme» !
Évidemment, on laisse de côté les raisons fondamentales qui mettent en danger les caisses finançant notre système de solidarité : le sous emploi massif qui frappe structurellement la population active du pays. La responsabilité des investisseurs privés n’est pas posée : le choix de la spéculation financière internationale est une cause fondamentale aux dérèglements de l’économie réelle, engendrant des choix économiques catastrophiques pénalisant l’économie de notre pays, réduisant drastiquement les offres d’emploi. Effectivement, avec ce système ultra libéral qui laisse libre court à la mondialisation financière, il ne faut pas s’étonner que l’ensemble cohérent «création de richesses / répartition pour la solidarité», qui organise notre modèle social, ait du mal à tenir debout ! Faut-il en prendre acte en cassant le modèle et le livrer ainsi à la marchandisation ? Ou bien faut-il avoir le courage de construire un modèle de régulation de la décision économique qui mette fin aux abus irresponsables des marchés financiers mondiaux ? On aurait pu s’attendre à ce que Hollande et el PS, qui avaient désigné comme leur seul ennemi la Finance, auraient opté pour la 2ème voie. Pas du tout et bien au contraire ! Les compagnies d’assurance sont toutes là à baver devant le marché fabuleux qui s’ouvre inexorablement à elles. C’est déjà d’ailleurs partiellement le cas. Mais quelles seront les conséquences pour les personnes privées d’emplois et celles confrontées aux accidents de la vie ? Leur destin sera l’exclusion complète de la société, conduisant à survivre plutôt qu’à vivre.
Sans attendre ce funeste scénario, qui malheureusement est bel et bien mis sur les rails, il faut aussi souligner l’irresponsabilité totale d’une décision qui consiste à allonger la durée de cotisation alors même que l’accès durable au travail n’est absolument pas garanti en France.
Pour les jeunes, l’entrée dans le monde du travail est soit très difficile faute de formation (et à des conditions de précarité redoutable) soit très tardif parce que les études ont une durée certaine.
Pour les jeunes sans diplôme, la précarité initiale a toutes les chances de durer toute la vie : la pension de retraite sera simplement plus misérable que les petits revenus glaner de boulots en boulots, interrompus par les périodes de chômage.
Pour les jeunes diplômés (des meilleures écoles bien sûr !), l’accès au travail leur permettra de disposer de revenus confortables et, compte-tenu des conditions de plus en plus restrictives du système de répartition, privilégieront le recours à la capitalisation, rendant toujours plus inopérant le système par répartition.
Quant aux salariés «âgés», c’est-à-dire au-delà de 50 ans !, il ne faut surtout pas qu’ils soient visés par les licenciements. Sinon, comme l’attestent dramatiquement les statistiques, le chômage très longue durée les attend, leur garantissant une pension de retraite qui devra être complétée par le minimum vieillesse.
Comment peut-on décider d’allonger la durée de cotisation à 43 ans dans ces conditions ? Comment oser prétendre, comme le font les hiérarques du PS, que «l’on a sauvé le système par répartition» (sous entendu : «bon, on a sauvé les meubles, ne venez pas la ramener»), alors que l’on sait pertinemment qu’on est en train de le tuer à petit feu et que l’on programme des millions de retraités plongés dans l’indigence à l’horizon 2030 / 2040 ? Ne s’agit-il pas là, pour ce pouvoir PS, comme le fut le précédent UMP, d’assumer avec un rare cynisme – aussi violent que narquois – le choix de l’injustice sociale ? La réponse est dans la question.
Décidément, il est urgent de reconstruire une force socialiste authentique qui réponde aux attentes de l’électorat socialiste qui ne se reconnait plus dans un PS qui a trahi tous ses engagements et s’est transformé en instrument des forces de l’argent. C’est pour cela qu’a été créé les PSG, le PS de Gauche. Les fossoyeurs de la justice sociale en France, celles et ceux qui mentent si allègrement à leurs électeurs du fond de leur 6ème arrondissement de Paris, peuvent bien ricaner. La mécanique de la rénovation est en marche et elle finira par triompher du cynisme des dirigeants du PS.

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